Bonjour tout le monde.
Je m'appelle Elise, j'ai 21 ans.
Je poste ici aujourd'hui car j'ai besoin d'échanger avec des gens qui, même s'ils ne sauront jamais totalement me comprendre, pourront toujours m'aider à y voir plus clair et ce, de façon objective. Je n'espère pas obtenir de solution toute faite et prémâchée, je sais bien que tout dépend de moi pour m'en sortir, mais je me retrouve dans une telle situation que je ne peux plus parler à personne de ce qui me ronge.
J'ai toujours été une enfant très en retrait, timide, réservée, timorée... Les synonymes ne manquaient pas pour me définir dans la bouche de mes professeurs, parents de copines, etc.
"Je n'osais pas", j'avais "peur" du regard des autres, d'agir devant eux, bref, jusque là, rien de très original.
J'ai grandi avec ce comportement, ce qui ne m'a jamais empêché de m'entourer de personnes m'appréciant sincèrement.
Mais au fond de moi, je ne me sentais pas du tout "intégrée", "comme les autres" (je crois que c'est quelque chose que beaucoup d'adolescents ressentent).
Pour achever ce portrait de "fille à part", je dois rajouter que j'ai eu un parcours scolaire exemplaire, j'ai toujours été la première de la classe et je ne me suis jamais fait d'ennemies (à part quelques jalouses) car je ne m'en suis jamais vantée. J'en avais même un peu honte parce qu'être une adolescente "intelligente" ou plutôt "réfléchie" ne favorise pas le bonheur.
Je n'étais pas franchement épanouie mais je pensais que, comme tout le monde, ça viendrait plus tard c'est-à-dire avec l'université.
Lorsque j'ai rencontré mon premier amour à 15 ans, j'ai tout ressenti de façon décuplée car, jusqu'alors, je n'avais jamais été amoureuse d'un garçon. J'avais rejeté toutes les demandes parce que je ne me sentais pas prête mais aussi pas du tout "emballée" par les garçons qui m'accostaient. Les autres filles, mes "copines" ne comprenaient pas cela, me traitant de "coincée" alors que j'avais plutôt l'impression d'être en paix avec mes sentiments et que je ne voulais pas me forcer. J'ai donc développé un énorme mal-de-vivre vers 16-17 ans, comme un grand vide, une fêlure qui était déjà en germe mais qui a explosé à ce moment-là.
Je n'étais pas du genre à me mettre en avant mais, même comme ça, certaines personnes de mon lycée me reprochaient d'être "à part", de cultiver ce côté "mélancolique", de me croire plus intelligente, et surtout de les fuir. Bref, ils frappaient quelqu'un déjà à terre, quelqu'un qui ne demandait rien, aucune attention particulière, je ne m'habillais pas en gothique ou un truc du genre. J'étais une ado normale mais on ne me pardonnait pas de ne pas vouloir me mêler à eux car j'étais jolie et intelligente, mais terriblement réservée. J'en ai beaucoup souffert et je me suis mise à encore davantage fuir les ados de mon âge. J'avais trois ou quatre excellents amis mais ils n'étaient pas dans ma classe. Dans cette classe, je n'ouvrais que très rarement la bouche. Je vous passe les brimades et moments de bonheur, ça n'a rien d'intéressant.
Bref, j'ai eu mon bac, une vie nouvelle s'annonçait. Sauf que... Les névroses et complexes, on les emmène partout avec soi.
Je suis rentrée en classe prépa. J'étais plutôt bonne mais je me mettais une pression d'enfer, je me comparais sans arrêt avec les autres élèves. Pourtant, je déteste la compétition, mais ça me rongeait d'être aussi "mauvaise" (selon moi). Je dois paraître perfectionniste d'écrire ça mais c'est là le gros paradoxe : je ne foutais absolument rien! Je faisais mes devoirs la veille, je séchais pas mal de cours, bref, c'était une catastrophe au niveau de l'organisation car je donnais plus d'importance à mon copain de l'époque (si c'était à refaire, je referais pareil). Durant ces deux années de classe prépa je me suis fait cinq amies, quatre d'entre elles ont abandonné au début de la première année. Les liens se sont alors coupés mais la cinquième reste encore aujourd'hui une très bonne amie. Mais alors qu'elle est bien plus critique que moi, elle a réussi la deuxième année à se faire une dizaine d'amis alors que je suis restée dans mon coin, ne créant aucun nouveau lien.
Je n'arrive pas à expliquer la rupture que je sens entre moi et les autres et que je sentais à cette période. Il est certain que c'est de ma faute mais je ne comprends pas. Je suis pourtant quelqu'un de gentil et à l'écoute, comment puis-je générer autant de rejet? J'ai tendance à penser que je m'excluais toute seule, et ça n'est pas faux, mais c'est parce que je n'arrivais pas à être légère, simple, fofolle, à faire rire la gallerie. Aurais-je du me forcer?
Ma vie sentimentale en parallèle n'était pas de tout repos. Je jalousais les ex de mon copain, ses amies, je me comparais à ces nanas pleine de vie, possédant des tonnes d'amis. Il me présentait à ses amis mais ça ne se passait jamais bien. Ca n'était même pas par mépris de ma part ou quoi. J'avais une terrible timidité, je n'osais pas leur parler, je n'étais pas naturelle. Pour le coup, il m'aurait apparu naturel que ces amis-là essaient de me mettre à l'aise, au lieu de ça, voici un petit florilège de leurs réactions (qui me blessent encore aujourd'hui) :
On papote dans un café, avec un autre couple (amis à lui). Mon copain s'isole pour aller payer. La nana du couple me pose des questions, je les lui retourne. Je suis souriante, bref, je pense être timide, ok, mais agréable. Et là moment de silence, son mec regarde la nana et lui dit "bah alors, parle lui un peu" et elle lui sort : "ouais c'est bon, je lui ai sorti toutes les questions"... Comme si... Comme si, me rencontrer c'était un "exercice", vraiment pas une partie de plaisir. Ca m'a démolie. Je me suis efforcée de sourire (mais j'avais envie de fondre en larmes tellement je me sentais comme une moins que rien) et j'ai rebondi par un "et toi alors (au type) tu bosses dans quoi?". Mon copain est revenu. On est allés au cinéma. Dans la file d'attente, j'étais hyper mal, très stressée, je ne savais pas quoi dire, les gens attendant devant et derrière nous m'angoissaient terriblement, j'avais l'impression d'afficher un terrible ridicule. Eux (mon copain + ce couple) bavardaient puis ils me posent une question sur un film que j'avais vu, je sors de mon anxiété et réponds un :
- Oh, oui, je ne sais pas trop, j'ai trouvé ça très joli esthétiquement, mais les acteurs, pas terribles...
Le mec du couple a sorti un "allez, retourne te coucher" puis ils se sont regardés lui et sa copine de l'air de dire "pauvre fille".
Je n'ai jamais compris pourquoi cette réaction mais ce n'est vraiment pas rare, je génère tout le temps ce genre de situations horribles. Pourtant, j'étais hyper à l'aise avec mon copain, on rigolait énormément. Mais impossible de dépasser ce cap avec des inconnus.
Après m'être séparée de lui, m'être irrémédiablement engueulée avec ma (ex)-meilleure amie et avoir fini ma prépa, je suis retournée vivre chez mes parents, lessivée par cette période horrible de ma vie. Je ne m'en suis toujours pas remise/
Voilà. Ca fait deux ans que je suis des études par correspondance, je n'ai fait aucune rencontre sérieuse en deux ans (que ce soit amoureuse ou amicale). J'ai rencontré des garçons mais je ne me sens pas bien avec eux. Cela fait donc deux ans que je n'ai plus embrassé un homme. DEUX ANS, à mon âge!!!
Je n'ai pas de facebook mais parfois j'ai des bouffées de mélancolie qui me poussent à me faire du mal. Je tape les noms de mes "camarades" de lycée, de prépa ou même des ex de mon ex (alors que je ne les ai jamais vues) et je tombe sur leur profil. Des photos en couple, des photos d'eux enjoués, en soirées. Certains ont réalisé leurs rêves, d'autres sont entourés d'amis, ont un couple solide.
Je n'ai rien de tout ça. J'ai une famille aimante, c'est tout. Et je ne suis pas trop nulle en cours mais je nourris un tel manque de confiance que je ne m'imagine pas exercer un métier plus tard ou même pouvoir me singulariser dans la profession que je vise. Je ne suis sereine sur aucun sujet. J'ai des gros problèmes de conversation. On me dit mignonne et adorable mais on me reproche systématiquement de ne pas me livrer, de ne pas parler de moi. Oui, mais comment faire?!
Je ne me lierai donc jamais à qui que ce soit? Et ce, durablement?
Je n'ai plus aucun ami, plus aucun homme pour qui mon coeur bat à la chamade, ma vie est vide, mon coeur est vide, je n'ai plus aucun espoir, mon corps se traîne. Toutes les situations que j'ai pu vivre se sont soldées par le même résultat : mon rejet par les autres ou mon auto-exclusion. Je me lève tous les matins en soupirant, les larmes aux yeux.
J'ai 21 ans et sans avoir de regrets, j'ai très souvent le coeur lourd alors que je n'ai rien vécu de grave, mais j'ai tant de difficultés à vivre comme une jeune fille de mon âge alors que j'ai tout entre les mains! Qu'est-ce qui m'empêche de faire quelque chose de toutes ces capacités? Moi-même évidemment!!! Mais pourquoi? Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu en arriver là et comment pourrais-je m'en sortir. Je ne me reconnais pas dans cette société d'exposition où il faut savoir se vendre. Je suis tellement loin de tout ça. J'aspire à des liens profonds, des moments simples mais cérébraux.
Ma jalousie s'est amplifiée. J'ai peur de devenir aigrie parce que je ne me réjouis plus du bonheur des autres. Les voir sur ces photos, épanouis, me brise le coeur et l'esprit, pour ce qu'il en reste.
Je pense parfois à en finir. Mais je me déteste d'être aussi puérile et de ne pas savoir me battre alors que des gens traversent bien pires dans leur vie et ne se laissent pas démonter. J'aimerais apprendre à ne plus me comparer, à être bienveillante à mon égard, à me laisser du temps et à ne pas complexer de ce que je suis.
Mais aujourd'hui j'aurais terriblement honte de raconter ma vie à quelqu'un. Il ne s'est rien passé depuis deux ans. Depuis une éternité.
Je repense souvent à un type au lycée, arrogant, imbuvable, qui a aujourd'hui très bien réussi et qui m'avait dit :
"Tu vas finir dépressive, tu vas gâcher ta vie, tu vas le regretter."
J'avais trouvé ça injuste et foncièrement méchant. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'il avait raison!!!
Merci à ceux qui m'auront lue et aux personnes bienveillantes qui me laisseront un petit mot (ou un coup de pied aux fesses).


