de Dubreuil Nicole » 07 Avr 2010, 11:51
Bonjour monsieur,
tout d'abord reprenez votre calme et essayez de relativiser. Les enfants n'ont pas les mots d'adultes pour exprimer leurs sentiments, qu'ils soient de haine ou d'amour. En passant bien sûr par toutes les nuances des sentiments.
Ils ressentent les choses de plein fouet et toujours plus violemment que les adultes. Ce qui les affolent ou les angoissent remplit tout le champ de leur conscience et prend le dessus autant sur la réflexion que sur la volonté.
Parfois, ce que pense et subit l'enfant lui semble tellement terrible ou monstrueux, incompréhensible ou méchant, que si il se confie à ses parents il est sûr qu'ils ne le croiront pas, ou bien il leur fera beaucoup de mal, ou alors il perdra leur amour et sera abandonné.
L'oralité est la première fonction qui nous permet de vivre quand on vient au monde. La bouche est donc l'élément primordial de la vie, de la survie, de la communication verbale. Elle est aussi le siège du plaisir et du dégoût.
Se faire vomir pour une petite fille, ou un petit garçon, c'est peut-être tenter de faire sortir quelque chose du dedans de soi que l'on ne veut pas. Que l'on a pas voulu. Que l'on ne veut plus. Quelque chose de traumatique, qui fantasmé, imaginé, ne peut sortir que par en haut. ( Ou par en bas. )
Ce que fait votre enfant n'est pas de l'anorexie, c'est un appel à l'aide pour que l'adulte ( qui est considéré comme quelqu'un qui sait tout ) lui vienne en aide, alors qu'il se comporte pour l'instant comme un ignorant, soit par indifférence ou méchanceté ! ( c'est dur à entendre, mais les raccourcis sont terribles chez les enfants. Chez nous aussi, d'ailleurs, quelquefois ! )
C'est un moyen radical qu'emploie votre fillette pour vous dire que quelque chose de dérangeant, de choquant, d'alarmant, s'est passé dans son univers d'enfant et qu'il faut arrêter cela tout de suite.
Sans rien dire, faites votre petite enquête, à partir du début où a commencé le trouble alimentaire. Où est-elle allée? Chez qui ? Qui a-t-elle rencontré ? Etc, etc.. Et surtout, gardez également en tête que ce " quelque chose n'est peut-être qu'une toute petite histoire pour vous, mais un drame pour elle.
Souvenez-vous aussi de son comportement alimentaire quand elle était bébé, de son sevrage, de ses cauchemars. Il se peut en effet que tout aille bien maintenant dans le réel, mais que dans sa petite enfance un fait traumatisant ( pour elle ) et jusqu'à maintenant occulté, ait refait surface à la suite d'un petit rappel anodin : voix, odeurs, paroles, etc..
Je souhaite qu'avant d'avoir été hospitalisée votre petite fille ait pu être vue par un(e) psychologue. Il serait dommage que son symptôme rentre dans la spirale " médicalisée " et que ses appels au secours soient maîtrisés, alors que c'est au contraire SON CORPS QUI PARLE A SA PLACE pour la sauver.
Pour cette petite fille, il me semble que le plus important est de lui dire que vous comprenez qu'il s'est passé quelque chose à la télévision, à l'école, à la maison, chez des amis, ou ailleurs, et qu'elle ne veut pas le dire, " mais que ça la fait vomir." Que si elle veut elle peut dessiner ce qui s'est passé. Dites-lui, qu'elle peut faire comme elle veut, mais qu'à partir de maintenant, ce n'est plus la peine qu'elle se fasse vomir, puisque vous êtes là pour tout arranger. Dites-lui également que même si elle trouve que ce n'est pas bien, et même si c'est vrai, elle ne sera pas punie du tout, parce que vous l'aimez de toutes vos forces et que c'est trop bête de se rendre malade au lieu de parler.
Soyez vigilant si elle dit, ou dessine, quelque chose justifiant enfin sa façon physique de se libérer. Elle peut parler par images, par symboles, au nom de quelqu'un d'autre.
D'abord papa et maman qui peuvent tout comprendre. Ensuite seulement, le psy. Inutile de vous mettre en position de parents en échec, sans avoir rien tenté. Pour l'instant, elle a surtout besoin de vos limites et d'avoir confiance en vous.
Plus de repas tragiques. Passez un accord avec elle. Elle vient à table, et pendant une semaine, elle mange ce qu'elle veut, à condition que ce soit équilibré. La seconde semaine, un petit mélange de ce qu'elle veut et de ce que les parents exigent. Faites-en un jeu. L'important étant qu'elle vous sentent disponibles à ses émotions et PLUS DU TOUT préoccupés par la nourriture. Si elle ne mange rien à ce repas, elle mangera mieux à l'autre.
Voilà pour l'instant.
J'espère avoir été utile. Restez confiant dans l'énergie et l'intelligence de votre enfant.
Bien à vous.
NIcole Dubreuil. Psychologue Clinicienne