Vide constant

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Juliette16
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Vide constant

Messagepar Juliette16 » 18 mai 2017, 14:26

Bonjour,

Je poste ce sujet parce que, comme le dis le titre, je ressens un vide constant. Je me sens inutile, nuisible, et à cela s'accompagne un ennui de la vie. Pour moi la vie n'a pas de sens, et je n'ai qu'une envie, finir avec tout ça. Je pense au suicide depuis plusieurs années, mais me mutile pour éviter de passer à l'acte. Lorsque je me coupe, je me sens bien, et l'envie de suicide part pour quelques jours avant de revenir.
Je ne sais pas précisément pourquoi je viens ici, sûrement l'espoir de trouver ce qui donne envie de vivre, et faire partir ce vide. L'envie de mourir augmente de plus en plus, et je dois me faire de plus en plus mal pour aller mieux.
J'ai essayé d'en parlé à ma mère, mais elle ne trouve pas cela utile d'aller voir quelqu'un, que cela passera. Et j'y pense, les jours où je me sens bien, mais les jours où mon humeur chute et que ce vide revient sont invivables et je deviens méchante avec mes ami ou mon petit copain.

Merci de m'avoir lu.

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Dubreuil
Psychologue clinicien
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Re: Vide constant

Messagepar Dubreuil » 19 mai 2017, 23:01

Se mutiler c'est se punir.
Se mutiler c'est se sentir coupable de ne pas être celle que l'on pense que les autres voudraient que l'on soit.
C'est se dire que l'on déçoit. Que si on est violentée, grondée, humiliée c'est qu'on le mérite et que c'est bien fait pour nous. Et on en rajoute parce que l'on s'en veut de supporter cela et d'être à la fois aussi nulle.
Se mutiler c'est faire un temps que la douleur physique soit plus forte que la douleur morale.
Se mutiler c'est au moins faire ce que l'on veut sur soi et de soi, on a pas décidé de notre naissance, on peut au moins décider de notre souffrance.
Se mutiler c'est jouir. D'une certaine façon, se donner du plaisir.
Se mutiler c'est se punir d'avoir l'impression de n'être rien pour l'autre, de ne pas être aimée, ni appréciée, ni entendue.
C'est ne pas trouver les bons mots à dire aux bonnes personnes, et de les faire sortir avec le sang. Comme faire sortir sa colère sans faire de mal à l'autre.
C'est aussi avoir des idées de meurtre, de " mauvaises " sur celui ou celle qui nous empêche de vivre, de parler, d'évoluer, et d'avoir trouvé ce seul moyen pour ne pas aller encore plus mal.
C'est savoir que nous sommes dépendant de l'adulte, de l'autre, des autres, et qu'il faut ravaler sa colère et sa haine, attendre, toujours attendre pour être libre.
C'est avoir envie de secouer l'autre en lui disant tout le mal qu'il nous fait, tout le mépris que l'on a pour lui, et tout l'amour qu'on lui voue.
C'est encore bien d'autres choses, suivant son tempérament, son histoire..
Chaque fois que vous vous mutilez vous appelez à l'aide. Ce sont des tentatives de suicide..
Tout réside dans votre prise de conscience, celle de comprendre que vous n'êtes pas venue sur terre pour les autres, mais pour vous. Pour vous réaliser et faire de votre passage des moments de partage et de bonheur avec les bonnes personnes, et pas forcément votre entourage actuel.
Le temps semble s'être arrêté, vous voyez avec horreur la ligne de votre avenir, froid et sans éclaircies, vous pensez qu'il n'y a plus rien derrière votre horizon, que vous êtes née pour vivre ce que vous vivez aujourd'hui, encore et toujours.
Mais ce que vous vivez aujourd'hui est nécessaire pour vous puisque c'est ainsi que vous vous l'infligez. En quelque sorte vous faites patienter votre mort.
On meurt chaque jour. La mort " finale " n'est que l'aboutissement de nos petites morts symboliques quotidiennes. L'enfant " meurt " du sein de sa mère pour passer à une nourriture plus solide, à autre chose que la quiétude rassurante de son corps. Il faut toujours lâcher quelque chose, mourir à quelque chose ou à quelqu'un pour trouver sa place dans la vie, pour être libre et indépendant.
Vous en êtes aux grandes questions existentielles, des milliers de personnes, de philosophes, de poètes, se sont penchés sur ce qui vous fait peur aujourd'hui. Vous êtes intelligente et sensible, vous saurez quoi lire à ce sujet, et avec qui parler et qui rencontrer. La culture, aller aux conférences, lire des bouquins, etc.. apporte une grande paix intérieure et développe prodigieusement notre vue sur le monde. Une connaissance en appelle une autre, et c'est sans fin.
Vous n'êtes pas seule en vous-même si vous prenez soin de vous-même, si vous allez voir un psy quand vous vous sentirez trop tourmentée.
Un jour vous serez aimée pour ce que vous êtes, pour de vrai, pour de bon. N'en doutez pas.

Se mutiler, se faire du mal, c'est se punir.
Se punir de quelque chose que l'on ne sait pas exprimer, mais qui, quand on se fait du mal physiquement, cesse un temps de nous faire du mal moralement.
Si on se punit sans savoir pourquoi, c'est que dans son enfance on a cru être méchante et mériter que l'on ne soit pas aimée comme on voulait. Et comme on ne peut pas exprimer sa colère de ne pas être aimée, comme on ne peut pas en vouloir à ses parents ou autre, comme ils sont plus fort que nous, qu'ils sont tout-puissants, et que ce serait encore pire si ils savaient qu'on leur veut du mal parce qu'ils ne nous aiment pas, alors on se fait du mal à soi.
On se punit de ne pas savoir se rendre " aimable ".
Un peu comme si l'on se disait :
- C'est bien fait pour toi si on ne t'aime pas, tu ne mérites pas qu'on t'aime, allez prends ça, et encore ça !
Et bien sûr que ce n'est pas de la faute de l'enfant.
Bien sûr que ce sont les adultes qui sont violents et imposent à l'enfant leur bêtise, leur injustice, des coups ou mauvais traitements psychologiques !
Mais l'enfant croit que c'est normal, que c'est de sa faute, qu'il le mérite.
Alors il se punit d'être puni.
L'automutilation est donc due à beaucoup d'éléments propres à chaque personne, mais il en ressort toujours qu'elle se pratique sous le coup d'une grande souffrance morale, d'une intense culpabilité ou d'une croyance erronée basée sur des sévices psychiques ou corporels infligés par autrui et qui ont fait croire au sujet qu'il n'était pas digne d'être aimé, parfois même de vivre.
L'automutilation est également associée au masochisme extrême ou la jouissance de se faire mal, pour se punir d'une faute jugée impardonnable, est à un moment donné plus forte que la douleur physique et morale. Le sujet en éprouve alors une paix intérieure de quelque durée, jusqu'à ce qu'il se sente obligé de recommencer.
( Vous pouvez rencontrer ces symptômes psychiatriques, par exemple dans la religion catholique où des " saints " sont décrits comme se flagellant afin de se punir d'avoir eu des gestes ou des pensées impures. )
Le masochisme est très difficile à " guérir ", car il a souvent son écho avec une jouissance sadique provoquée par une autre personne, ou retournée contre le sujet lui-même, par lui-même.
Un des traits de l'auto-mutilation, c'est se punir de ne pas être aimé, donc de se dire que l'on ne mérite pas cet amour, donc de culpabiliser, donc de se punir. ( raccourci terrible, bien sûr )

Franklin
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Inscription : 20 mai 2017, 16:27

Re: Vide constant

Messagepar Franklin » 20 mai 2017, 19:48

Bonjour Juliette

Venir te confier ici montre le fait que tu veuilles t'en sortir et pour cela, je t'en félicite. Merci de nous l'avoir
partagé.

Pour commencer, le bon point est que tu n'es pas seule (famille, amis, petit copain) mais d'après ce que tu dis, tu
ne semble pas être comprise. Je me demande donc si le fait de te sentir incomprise ne déclenche pas cette sensation
de vide et au final, ce besoin de te faire souffrir. As-tu essayé différents moyens pour exprimer ce que tu as à leur
faire comprendre? Par ailleurs, comment te sens-tu quand tu parles de ces choses-là? Es-tu énervée au point de le
faire ressentir aux autres? Es-tu réellement ouverte aux réponses que ces personnes t'apportent ou rejettes-tu tout
en bloc? Je te dis ça parce qu'avoir une conversation calme et posée dans laquelle chacun laisse la parole à l'autre et
essaye de comprendre l'autre est très important (mais tu le sais sans doute déjà). Le problème des conversations,
c'est que souvent , on n'écoute pas ce que l'autre a à nous dire. La preuve est que souvent, quand quelqu'un est en train
de parler, on réfléchit déjà à ce que l'on va lui répondre au lieu de l'écouter jusqu'au bout.

Ensuite, par rapport à cette sensation de vide, je te propose de faire une expérience d'observation toute simple.
Je te propose donc de te trouver un coin de nature (si tu habite en ville, un parc devrait faire l'affaire) et de t'arrêter dans
ce lieu. Le top serait de te mettre dans l'herbe si tu le peux. Quand tu y seras, commence à regarder l'herbe et tu observeras
une multitude de brins d'herbes différents. Au fur et à mesure de ton observation, tu te rendras compte que dans cette herbe,
il y a de la vie partout. C'est toujours impressionnant je trouve de voir tout ce qui fourmille sur le sol. Et puis finalement, tu
pourras te dire que sous le sol, c'est aussi bourré de vie avec des êtres vivants de toute sorte. Si maintenant tu lèves les yeux
au ciel, tu verras sans doute des oiseaux, peut être des nuages, peut être le soleil ou que sais-je! Cette expérience est faite
pour que tu puisses te rendre compte que tu vis dans un système qui est merveilleux. Pourquoi merveilleux? Parce que la vie
est finalement faîte à partir de choses invisibles à l’œil nu et qui pourtant, grâce à une cohésion entre ces atomes, ces molécules,
tout ça peut exister! Et ce qu'il faut que tu te dise, c'est que tu as la chance de faire parti de ce merveilleux système et de pouvoir
l'observer.

J'ai également une question à te poser. Pourquoi est-ce que tu te définis comme "nuisible"?

Je peux par contre comprendre le sentiment d'inutilité que tu as. As-tu des passions? Des causes que tu aimerais défendre? Cela
pourrait sans doute t'aider à commencer à avoir ce sentiment d'utilité. Mais rappelle toi aussi que tu es en réalité utile au sein
de toutes les relations que tu entretiens. Tu apportes quelque chose à chaque personne que tu côtoies et si ce n'était pas le cas,
ces personnes-là ne continueraient pas à te côtoyer ;)


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