surmonter une névrose obsessionnelle

Forum TOC (trouble obsessionnel compulsif)
kadath
Messages : 2
Inscription : 16 oct. 2014, 14:51

surmonter une névrose obsessionnelle

Messagepar kadath » 16 oct. 2014, 17:02

Bonjour à tous,

nouveau sur ce forum, je me présente, je m'appelle Yann, j'ai 32 ans et je vis en Ile-de-France.

Je souffre depuis des années d'une névrose obsessionnelle (j'emploie volontairement ce terme plutôt que celui de TOC car il traduit bien mieux ce que je vis) qui, par bien des aspects, s'avère très invalidante. Au quotidien elle se manifeste par des phobies d'impulsion, notamment des craintes d'accomplir un geste obscène, d'avoir un propos déplacé, d'avoir une attitude bizarre ou étrange, qui me ferait perdre l'amitié ou l'estime de mon entourage. J'ai notamment des angoisses très violentes dès lors qu'une situation comporte une résonance morale, craignant d'avoir l'attitude inverse de celle qui est convenable. C'est d'un point de vue professionnel que mes angoisses sont les plus handicapantes et douloureuses. Pour prendre un exemple banal, j'ai été caissier dans un précédent emploi et, manipulant des fonds, j'avais la crainte incessante et torturante que l'on me prenne pour un voleur et que l'un de mes gestes puisse le laisser soupçonner, et qu'ainsi je perde mon emploi et par extension le restant de ma vie. Paradoxalement, j'ai d'ailleurs commis une erreur de caisse qui m'a valu d'aigres reproches, alors que je n'y étais pour rien, comme si j'avais fait réaliser inconsciemment ce que précisément je craignais le plus. Un dernier exemple, je passe actuellement mon permis et l'ai raté 4 fois, car je suis envahi dès que je prends le volant par la peur de provoquer un accident ou de tuer un piéton. Je maîtrise tout à fait la conduite et la mécanique du véhicule (j'ai de très nombreuses heures de conduite derrière moi) mais à chaque fois je commets une erreur éliminatoire, laissant ma panique me submerger et réalisant mes craintes.

J'ai presque absolument, bien malgré moi, tous les traits que l'on prête couramment aux névrosés obsessionnels, ou plutôt à la personnalité obsessionnelle (inhibition de l'agressivité, évitement du conflit, froideur, timidité, soumission à l'autorité, scrupulosité, doutes constants...). Plusieurs psychothérapies ont jalonné ma jeunesse, j'ai fait une psychanalyse durant 6 ans (divan, 2 fois par semaine), j'ai entrepris diverses thérapies de soutien en face à face avec un psychiatre, pris plusieurs traitements psychotropes (anxiolytiques, antidépresseurs...), tout cela sans grand succès. Actuellement, je suis en thérapie cognitivo-comportementale depuis plus de 6 mois, je préfère ne pas encore me prononcer sur les résultats.

Le travail entrepris sur moi-même m'a fait prendre conscience de certaines causes de ma névrose, notamment l'éducation extrêmement rigide, exigeante et perfectionniste que ma mère m'a fait subir. Elle attendait non seulement de moi d'être très performant d'un point de vue scolaire mais surtout, ce qui est bien pire, une perfection morale (je devais être un enfant sage, calme, parfait, "pur"). Je croyais que mon père nous avait abandonnés avant ma naissance (et à cause de ma naissance) et j'ai appris, bien des années plus tard, que c'était un mensonge de ma mère, qui voulait simplement m'élever seule, ayant une image déplorable des hommes. Ce qui est affreux dans tout ça, c'est que je me suis structuré et j'ai grandi dans la haine de mon père, dans l'idée que les hommes sont mauvais et que je devais en quelque sorte "racheter", par une attitude irréprochable, les fautes de mon père. Je ne m'étendrai pas sur les conséquences désastreuses que cela a eu sur mon adolescence ou mon rapport aux femmes, j'ai gâché bien des années de ma vie à cause de ces idées folles que ma mère m'avait inculqué et j'ai sombré en dépression quand je l'ai pleinement réalisé.

Je ne m'en sors pourtant pas trop mal, je suis marié, fonctionnaire et père d'une petite fille mais, malgré tout le travail effectué sur moi-même, la souffrance est toujours très présente et ma vie quotidienne très compliquée. Il est également difficile je trouve d'évoquer avec ses proches cette maladie qu'est la névrose obsessionnelle, ce n'est généralement qu'une empathie bienveillante que l'on reçoit mais rarement une compréhension. Mes rapports avec les autres demeurent très difficiles, mes angoisses me rendent très inhibé, très peu bavard, d'une timidité maladive, à part avec ma famille ou mes amis proches, fuyant toute situation potentiellement conflictuelle. J'ai l'impression de n'avoir aucune spontanéité, aucun naturel, comme si chacune de mes paroles devait être pesée avant d'être prononcée. Dans le cadre de mon travail, cette attitude est particulièrement handicapante, le regard des autres m'est douloureux, je ne supporte d'ailleurs pas la critique. Cette froideur qui me caractérise, qui n'est finalement qu'une distance rassurante que je mets avec les autres, est souvent mal interprétée. Tout cela, je l'avoue, m'épuise nerveusement, sollicite une énergie considérable et me fait souffrir au quotidien, ruminant très souvent le soir la journée de travail et les évènements négatifs qui se sont produits, ou que j'interprète comme tels. Cela, j'en suis conscient, met en péril ma vie de couple et mon rôle de père, j'ai l'impression que ma névrose me tue à petit feu...

Mon intervention sur ce forum ne vise peut-être pas à vous demander quelle thérapie vous semble la plus efficace contre la névrose obsessionnelle, étant devenu assez pessimiste à ce sujet, mais plutôt de savoir quelle est votre expérience de la maladie, comment vous arrivez à la gérer au quotidien et à la surmonter. Quant à moi, la lecture et l'écriture (notamment de nouvelles) me sont d'un grand secours pour exprimer et dépasser ce que je vis.

Existe-t-il des groupes de parole spécifiquement consacrés à cette maladie et si oui, participez-vous à l'un d'entre eux? Auriez-vous des conseils à me donner? L'un d'entre vous vit-il une situation similaire à la mienne?

Vous remerciant par avance de vos réponses et m'excusant par ailleurs de la longueur de cette présentation.

Cordialement,

Yann

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Dubreuil
Psychologue clinicien
Messages : 9643
Inscription : 03 août 2012, 17:28

Re: surmonter une névrose obsessionnelle

Messagepar Dubreuil » 16 oct. 2014, 19:49

Pratiquer un art est un moyen de " canaliser " l'obsession, par un perfectionnisme attendu à visée narcissique : créations diverses par ex dans la peinture, la musique, l'écriture, les objets insolites et/ou utilitaires, les collections avec nécessité de restauration, etc..
http://www.psychomotricienne-analyste-nice.fr

kadath
Messages : 2
Inscription : 16 oct. 2014, 14:51

Re: surmonter une névrose obsessionnelle

Messagepar kadath » 16 oct. 2014, 21:50

Bonsoir,

merci de votre réponse. En effet, j'en viens à considérer, comme je l'exprimais brièvement dans mon précédent message, que l'écriture, en ce qui me concerne, a peut-être des vertus supérieures aux thérapies que j'ai pas pu entreprendre précédemment. En tout cas, elle a un incontestable effet thérapeutique, me permettant d'exprimer une partie de ma névrose, diluée évidemment dans diverses histoires, et ainsi de m'en libérer en partie.

llumife
Messages : 14
Inscription : 14 juin 2015, 10:34

Re: surmonter une névrose obsessionnelle

Messagepar llumife » 14 juin 2015, 12:02

Bonjour Yann,
Je viens de rédiger un article sur le forum, intitulé "aimer un névrosé obsessionnel".
Je ne souffre pas de cette pathologie, mais d'une autre. Je suis titulaire d'un master de psycho ai fait 18 ans d'analyse (qui m'ont permis d'avancer) et ai entamé depuis peu une thérapie en analyse transactionnelle avec une psy remarquable qui m'aide beaucoup.
J'ai aussi vu un psychiatre comportementaliste charmant mais qui ne m'a pas fait avancer d'un iota.
Ce que je pense en revanche, quelle que soit la maladie mentale dont on souffre,c 'est que la prise de conscience est déjà un pas énorme. Après, seul le temps et un travail thérapeutique long et coûteux en énergie, en douleur, permet de s'en sortir.
Pas à pas on avance. Je réalise que mes 18 années d'analyse (3 fois par semaine allongée aussi) n'ont pas été vaines. J'ai compris beaucoup de choses, et je pense que cette fois-ci je tiens le bon bout. Je suis capable non seulement de comprendre ce qui se joue en moi, mais aussi d'accepter de reconnaître que j'avais des bénéfices secondaires à continuer à aller mal. Je suis en train d'accepter de passer par une difficile phase de transformation pour commencer à entrevoir qui je suis vraiment. Certes, il m'aura fallu plus de 20 ans. Mais je commence à entrevoir de la lumière au bout du tunnel.
On se sort de tout, même d'une psychose, ce qui n'est pas ton cas.
Courage donc. Tu en sortiras.
Evelyne


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